Le Grand Cyclone de Novembre 1893 : Une Page Noire de l’Histoire Maritime de Calais

Le mois de novembre 1893 reste gravé dans les annales comme l’un des plus tragiques pour la communauté des gens de mer de la Côte d’Opale. Alors que la région se remettait à peine de sinistres antérieurs, une tempête d’une violence inouïe, qualifiée de « cyclone » par la presse de l’époque, s’est abattue sur le détroit entre le 18 et le 21 novembre.

Une Tempête Hors Norme

Le vent, soufflant du Nord-Est avec une fureur rare, a atteint des vitesses dépassant les 24 mètres par seconde. De mémoire de marin, on n’avait pas vu pareille tourmente depuis des décennies. La visibilité était nulle, la mer « furieuse », et les communications télégraphiques avec Paris furent coupées, isolant Calais du reste du pays.

Waldam : Le « Cimetière » des Épaves

La géographie du désastre est précise : la zone de destruction s’est étendue du Phare de Waldam jusqu’à Sangatte.

  • 25 bateaux de pêche ont été jetés à la côte.
  • Sur la plage Ouest, à proximité de Waldam, trois grands bateaux de Gravelines se sont échoués.
  • Le spectacle à l’entrée du port était apocalyptique : l’avant-port était littéralement « rempli d’épaves de toutes sortes ».

Le Bilan Humain : Un Deuil pour le Faubourg

Le bilan est lourd et frappe au cœur l’identité maritime locale :

  • 14 victimes ont été dénombrées.
  • Plus de 50 orphelins ont été recensés suite à cette seule tempête.
  • Le petit hameau de Wissant a été particulièrement meurtri, perdant 10 de ses fils en une seule nuit.
  • On se souviendra du sort terrible du bateau n°105 de Calais (patron Siam), dont tout l’équipage a péri, laissant le patron comme unique et tragique survivant.

Des Infrastructures Pulvérisées

La force des lames était telle que les structures de défense n’ont pas résisté :

  • La Jetée Est a vu son extrémité emportée sur une longueur de 40 mètres.
  • Le Phare en fer, situé au bout de la jetée, a été arraché par les vagues et est venu s’échouer sur les appontements.
  • Les guetteurs du port ont dû abandonner leur baraque en urgence après avoir entendu les structures craquer sous l’assaut des flots.

L’Héroïsme des Sauveteurs

Malgré le danger, la solidarité maritime a brillé. Le bateau de sauvetage de Calais, monté par douze des marins les plus intrépides de la ville, a tenté une sortie désespérée. Après deux heures de lutte acharnée, ils ont eux-mêmes fini par s’échouer en face des Baraques, sans avoir pu approcher les navires en détresse.

Journal Le Temps (Édition du 21 novembre 1893)

LA TEMPÊTE — Dépêches de nos correspondants particuliers

Calais, 20 novembre. — « Voici, sur les sinistres causés par la tempête qui s’est déchaînée cette nuit, les renseignements que vous auriez reçus hier par dépêche si le télégraphe avait pu fonctionner ; mais les communications avec Paris ont été interrompues, plusieurs poteaux télégraphiques étant brisés aux environs de Calais.

On signale sur la côte de Calais, depuis la jetée Ouest jusqu’à Sangatte, treize bateaux pêcheurs à la côte […] dont tous les matelots sont de Wissant ou de Calais. Le bateau n°105 de Calais, patron Siam, monté par huit hommes d’équipage, n’a de sauvé que le patron. […]

Vers six heures du matin, au plus fort de la tourmente, l’extrémité de la jetée Est a été emportée : le phare qui indique l’entrée de cette jetée a disparu. […] Sur la plage Ouest jusqu’aux environs de Waldam, trois grands pêcheurs gravelinais sont échoués. »

Journal La Lanterne (Édition du 24 novembre 1893)

Cet article, écrit quelques jours plus tard, dresse un bilan humain plus précis et poignant.

LA TEMPÊTE — La fin du cyclone — Les morts

Calais, 22 novembre. — « La tempête est calmée. Il ne reste plus, hélas ! qu’à compter les cadavres et à réparer les désastres matériels.

Le nombre exact de bateaux pêcheurs échoués sur la côte entre le phare de Waldam et Sangatte est de 25. […] Treize cadavres ont déjà été retrouvés. En outre, un matelot blessé par le cabestan est décédé cette nuit à l’hôpital.

Cette catastrophe frappe deux familles du faubourg maritime de Calais, dix familles de Wissant, petit hameau près de Calais, et deux familles de Gravelines ; le nombre des orphelins dépasse 50. L’avant-port de Calais est rempli d’épaves de toutes sortes. Le phare en fer du bout de la jetée est venu échouer aux anciens appontements. »

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