Le 22 mars 1729, une cérémonie inhabituelle se déroule en l’église de Marck devant le curé Denizart, Pierre AGNERAY et Marie BRUXELLES ne viennent pas se marier, mais réhabiliter une union célébrée dix-sept ans plus tôt. Cette procédure, rare et fascinante, nous plonge au cœur des réseaux familiaux du Calaisis au XVIIIe siècle.
Un couple solide face aux lois de l’Église
Pierre AGNERAY (parfois nommé HAGNERE), né en 1682, est le fils de François « Gilles » AGNERAY, maître de bateau, et de Gabrielle RADIX. Le 25 juin 1712, alors âgé de 30 ans, il épouse la jeune Marie BRUXELLES, 17 ans, fille de Nicolas BRUXELLES et Marie EVRARD.
Pendant 17 ans, le couple mène une vie normale à Marck, mais ils découvrent tardivement qu’ils sont parents au « troisième et au quatrième degré de consanguinité ». Cette parenté, ignorée au moment de leur union en 1712, rendait leur mariage nul aux yeux du droit canon.
L’imbroglio des familles AGNERAY et BRUXELLES

Pourquoi un tel degré de parenté ? L’examen de leurs arbres généalogiques révèle une véritable alliance entre les deux lignées:
Pierre AGNERAY est un cousin issu de germains de Marie BRUXELLES.
En effet,
sont en même temps
- des arrière-grands-parents de Marie BRUXELLES
- des arrière-grands-parents de Pierre AGNERAY
Dans ce village de Marck où les familles de marins et de laboureurs sont si liées, les dispenses de parenté étaient fréquentes, mais l’oubli de celle-ci en 1712 aurait pu coûter cher à leur descendance.
Protéger l’avenir de 11 enfants
L’enjeu de cette réhabilitation de 1729 était avant tout la légitimité de leurs enfants. Au moment de l’acte, Pierre et Marie ont déjà mis au monde la quasi-totalité de leur nombreuse progéniture :
- Entre 1713 et 1731, le couple donnera naissance à 11 enfants.
- Parmi eux, on compte Marie, Pierre, Geneviève, ou encore la petite Marie Catherine, née peu après cette régularisation.
Sans cet acte de 1729, ces enfants auraient pu être considérés comme illégitimes, les privant de leurs droits d’héritage. La mention de la « bonne foy » des parents dans l’acte est ici cruciale : elle prouve qu’ils n’ont pas cherché à frauder, permettant ainsi à l’Évêque de Boulogne d’accorder sa dispense.
Les témoins : une affaire de famille et de clergé
L’acte de réhabilitation est signé par des figures importantes de la paroisse :
- G. Henault et Antoine Dupont, prêtres desservants.
- Pierre Beaurain et le curé Denizart.
- Pierre Barin, témoin local.
Pierre et Marie, comme beaucoup à cette époque, ne signent pas et apposent leur marque au bas du registre.
Ce qu’il faut retenir pour votre généalogie
Cet acte nous rappelle que la « vérité » d’un mariage ne se limite pas toujours à la date de la première cérémonie. Pour les généalogistes, ces réhabilitations sont des mines d’or car elles confirment souvent des filiations complexes et expliquent pourquoi certains enfants n’apparaissent pas toujours avec le statut « légitime » dans d’autres documents.
👉 voir l’article : acte de réhabilitation de 1729
