Une journée d’exception aux Hemmes de Marck : Les Noces d’Or de 1907

Le dimanche 15 septembre 1907 reste gravé comme une date mémorable dans les annales de la commune de Marck. Sous un ciel clément, le hameau des Hemmes s’était paré de ses plus beaux atours — drapeaux tricolores, filets de pêche et arcs de triomphe sur la rue Robelin — pour célébrer un événement d’une rareté exceptionnelle : les noces d’or et de diamant de onze couples de la localité. Cette fête magistrale, qui attira des foules venues de tout le Calaisis, ne fut pas seulement une cérémonie religieuse et civile, mais un hommage vibrant à la solidarité et à la longévité des lignées de marins-pêcheurs. À travers les récits du Télégramme et du Journal de Calais, nous vous invitons à revivre ce moment de communion où les familles Agneray, Radenne, Bournisien ou encore Bruxelles ont fièrement témoigné de plus d’un demi-siècle de vie commune et de courage face aux épreuves de la mer.

Un cortège haut en couleur au cœur des Hemmes

Après quelques heures d’hésitation, le temps s’est mis de la partie et a favorisé complètement la magnifique fête préparée en l’honneur des jubillaires qui célébraient dimanche leurs noces d’or ou de diamant. La riante commune des Hemmes était pavoisée dans tous les sens.
Au faîte des maisons flottait gaiement le drapeau tricolore. Les demeures des jubilaires étaient ornées de banderilles, de drapeaux, de filets de pêche, d’inscriptions en l’honneur des vieux ménages. Sur la rue Robelin, plusieurs arcs de triomphe avaient été dressés. L’église ellemême avait revêtu sa parure extérieure des grands jours ; les 4 clochetons qui entourent le clocher étaient garnis d’oriflammes.

Depuis le matin, de nombreuses voitures venant de toutes les directions amenaient dans le village des parents, des amis, des étrangers que la rareté de la fête avait attirés.

Vers 1 1 heures, le cortège religieux se forma à la sortie de l’église. La Croix, précédée des enfants de choeur était suivie de nombreuses bannières, de jeunes filles en blanc, de jeunes gens, de nombreuses familles. Un détail sur le cortège pour l’histoire locale : Jeanne d’Arc était représentée sur un cheval blanc par une jeune fille du pays : Marie Evrard.
Dans le cortège des jeunes filles et des moissonneurs, aussi des enfants des Hemmes.

M. Le chanoine Bourgain doyen de St.pierre-les-calais, présidait la cérémonie et faisait partie du cortège qui se dirigea vers la sêcherie à chicorées de M. Hannon au centre du village où s’étaient réunis les jugulaires.
Ces derniers, au nombre de 20 (car Antoine Agneray, dit Barbier, et sa femme Charlotte Agneray, étaient absents, indisposés peut-être par leur âge) formaient 10 couples encore alertes, portant sur la poitrine des bouquets blancs.
Ils se placèrent derrière la musique municipale de Marck qui, sur le parcours joua jusqu’à l’église, des pas entraînants. Une foule innombrable suivait le cortège et envahit la grande pelouse située derrière l’église où avait été installé un autel improvisé, gracieux, avec un fond de tentures rouges, orné de fleurs dorées.

Sur les côtés, avaient pris place : MM. Le chanoine Bourgain, Victor Paris, maire de Marck, Deléglise, adjoint et plusieurs conseillers municipaux. A gauche de l’autel se trouvaient aussi plusieurs dames de la commune, dont Mme Paris, femme du maire de Marck. Les jubilaires se trouvaient placés devant l’autel, deux par deux.
la sêcherie à chicorées de M. Hannon

LA CEREMONIE RELIGIEUSE

La musique municipale exécuta plusieurs morceaux de circonstance et un groupe de jeunes gens de la paroisse de Calais, plusieurs airs religieux sous la direction de l’abbé Bourgain, doyen de Saint-pierre.

Après l’évangile, M. L’abbé Alexandre Cailliéré curé de la paroisse Saint-Joseph des Hemmes, prit la parole et prononça une allocution qui émut vivement l’assistance : il précisa le caractère de la fête avant tout, familiale et chrétienne, et mit en relief avec une chaleur communicative le côté moral de l’exemple donné par les onze vieux ménages. La façon dont il rappela toutes les épreuves capables de remplir 50 années de vie commune, émotionna vivement les jubilaires.

En terminant, il les donna à nouveau en exemple aux jeunes générations, leur conseillant de vivre vraiment leur foi, afin de se sauvegarder des périls qui menacent toute vie désorientée. Après la messe, M. Le chanoine Bourgain, en quelques paroles éloquentes et émues remercia au nom de la population et des jubilaires en particulier, l’abbé A. Cailliéré, curé de la paroisse, pour le zèle qu’il déploya dans l’organisation de cette magnifique cérémonie. Les remerciements allèrent aussi à M. Paris, maire de Marck, dont la présence était significative et qui ne manque jamais aucune occasion de favoriser dans sa commune l’exercice du culte. En terminant, il lut une lettre de Mgr Williez, evêque d’Arras, adressée à M. Le curé des Hemmes, qu’il priait d’être son interprète auprès des jubilaires pour leur témoigner son affection et leur transmettre sa bénédiction.

La cérémonie religieuse fut particulièrement impressionnante et les vieillards ne purent s’empêcher de pleurer à l’évocation des vieux souvenirs, fait par les orateurs. Une foule nombreuse entourait l’autel et assista, recueillie et impressionnée à toute la messe. Un chaud et clair soleil jetait une note gaie sur la vaste prairie où se dressait l’autel et se pressait la foule

LES VINS D’HONNEUR

La messe terminée, le cortège se reforma jusqu’à l’église où il se transforma. La musique municipale conduisit alors les jubilaires jusqu’à l’école des garçons ou M. Paris, Maire de Marck leur offrit le vin d’honneur. Dans la grande salle de l’école, une immense table était garnie de flûtes et de biscuits.

Les visages des bons vieux rayonnaient à l’audition des petits compliments que leur adressèrent leurs petites filles. De nombreux bouquets leur furent offerts. M. Le chanoine Bourgain remercia en leur nom M. Le maire de Marck qui leva son verre à la santé des jugulaires, auxquels il souhaita de vivre encore de nombreuses années.

M. Jean-Louis Agnéray qui fêtait ses noces de diamant, remercia M. Le curé de son infatigable dévouement : le brave matelot ému, prononça avec peine, mais sincérité, une charmante mais touchante improvisation que chacun applaudit.

Après quoi, chacun s’en fut chez soi, au home familial où avaient été préparées de joyeuses agapes.

Ecole des garçons

LA SOIREE

A la suite, à l’église, du salut auquel toute la population assista, la soirée récréative eut lieu dans la salle tenue par Mme veuve Louise Brillard-Delcrocq. Des jeunes gens du Cercle de Saint-pierre de Calais, en firent tous les frais : par l’entrain avec lequel ils interprétèrent une comédie intitulée  »Gavroche », et divers monologues, ils soulevèrent à maintes reprises, les applaudissements de toute la salle et en particulier des bons vieux jugulaires qui s’amusèrent comme des  »jeunes », le jour de la célébration de leur cinquantième anniversaire de vie commune.

Les piliers de la communauté : Onze couples à l’honneur

Le cœur de cette journée résidait dans la célébration de ces onze ménages, dont les noms résonnent encore aujourd’hui dans la généalogie du littoral. Voici les couples mis à l’honneur, véritables témoins de la longévité et de la résilience des familles de marins de Marck et d’Oye-Plage :

  • Jean Louis Joseph Félix AGNERAY, ancien matelot & Marguerite Eugénie RADENNE : Mariés le 2 décembre 1846 à Marck, ils ouvrent la marche de ces noces d’or.
  • Pierre François BRUXELLES, ancien matelot, médaillé de Crimée, du Maroc et d’Italie & Rosalie Lucie AGNERAY : Unis le 5 juin 1850 à Marck.
  • Alexis VASSEUR, cultivateur & Félicité BERQUEZ : Mariés le 18 février 1854 (le couple n’est ni né ni marié aux Hemmes)
  • Jean Louis Raphaël AGNERAY, ancien matelot & Marie Philippine Félicie BOURNISIEN : Mariés le 12 décembre 1854 à Marck.
  • Bertin Usmar AGNERAY, ouvrier agricole & Sophie DENAVAUT : Un couple uni depuis le 29 mai 1855 à Marck.
  • Amédé GENTIL, ancien cantinier et cultivateur & Adolphine Eléonore DELMOTTE mariés le 28 juin 1855 (le couple n’est ni né ni marié aux Hemmes)
  • Louis Théodore AGNERAY, ancien matelot, médaillé de Crimée et d’ancienneté & Marie Louise Adélaïde LENTHIEULE : Mariés le 19 juillet 1853 à Marck.
  • Antoine AGNERAY (dit Barbier), médaillé de Crimée Sébastopol et d’ancienneté & Charlotte Marie Louise AGNERAY : Mariés le 23 décembre 1856 à Oye-Plage.
  • Jean François AGNERAY, ancien matelot & Catherine AGNERAY : Marié le 29 décembre 1856 à Marck
  • François Eugène Léopold AGNERAY, cultivateur & Marie Constance Stéphanie DRUON : Marié le 16 juin 1857 à Oye Plage
  • Frédéric LENTHIEULE, ancien matelot & Marie Félicie AGNERAY : Marié le 18 août 1857 à Marck

La photo des jubilaires a été reproduite sur carte postale, en exceptant les deux couples qui ne sont pas des Hemmes.

Une fête de famille et de solidarité

La rareté d’un tel rassemblement — onze couples fêtant simultanément leurs noces d’or dans un même hameau — témoigne de la force des liens qui unissaient ces familles. Malgré la rudesse des conditions de vie liées à la mer, ces foyers ont traversé les décennies, ancrant leurs descendances sur ce littoral entre Calais et Gravelines.

La fête s’est poursuivie jusque tard dans la soirée, réunissant parents, amis et curieux venus de tout le département, faisant de ce 15 septembre 1907 l’un des plus beaux hommages rendus à la famille et à la tradition maritime des Hemmes de Marck.

Conclusion : Un héritage vivant

Plus d’un siècle après cette journée mémorable, le récit de ces noces d’or nous rappelle que l’histoire des Hemmes de Marck s’est bâtie sur la solidité de ces unions et la résilience face à une vie maritime souvent rude. Ces onze couples ne sont pas seulement des noms sur un registre paroissial ou un article de journal ; ils sont les racines de nombreuses familles du littoral actuel.

En publiant ces documents et ces photos, notre objectif est de préserver cette mémoire collective et de rendre hommage à nos aînés qui, par leur courage et leur fidélité, ont façonné l’identité de notre région entre Calais, Marck et Gravelines.

À vous de partager !

L’émotion est grande devant cette photographie centenaire, mais une part de mystère subsiste : l’identification précise de chaque couple sur ce cliché. Si nous connaissons les noms des neuf familles jubilaires sur la photo grâce à la presse de l’époque, nous ne savons pas encore « qui est qui » sur la photo de groupe.

Toute aide pour mettre un visage sur ces noms (les Agneray, Radenne, Bournisien, Bruxelles, etc.) serait une contribution inestimable pour le Projet Agneray. N’hésitez pas à nous laisser un commentaire ci-dessous ou à nous contacter par courriel pour nous aider à compléter ce puzzle historique.

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