Introduction

À la fin du XVIIᵉ siècle, l’État royal cherche à structurer l’ensemble des ressources humaines maritimes pour répondre à la fois aux besoins de la marine de guerre et à l’organisation des activités professionnelles liées à la mer. C’est dans ce contexte que se développe un système d’enregistrement et de gestion des gens de mer appelé à la fois « système des classes » puis « inscription maritime ». Ce dispositif, initié sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert, vise à recenser, structurer et mobiliser les marins des côtes pour servir sur les navires du Roi tout en leur accordant certains droits et protections.
Origines : du recrutement à l’organisation des gens de mer
Avant l’instauration d’un système organisé, la marine royale recourt à la « presse », pratique consistant à enrôler de force des hommes dans les équipages, souvent dans les régions littorales. Cette méthode est inadaptée aux ambitions expansionnistes de la marine française et se heurte à une pénurie récurrente de marins pour armer les navires de guerre.
Pour pallier ces difficultés, Jean-Baptiste Colbert met en place, à partir des années 1668–1670, un système structuré d’enregistrement des marins appelé service des classes, ancêtre de l’inscription maritime. Il s’agit de recenser tous les hommes ayant une expérience de navigation — qu’ils soient pêcheurs ou marins de commerce — afin de constituer des contingents annuels (« classes ») pouvant être appelés au service de la flotte royale.

Le système des classes : recensement et obligations

Le système des classes consiste à diviser les populations maritimes en groupes ou contingents recensés selon leur lieu de résidence littorale. Chaque paroisse littorale voit ses marins inscrits sur des rôles de gens de mer établis par des commissaires chargés de la gestion locale des recrutements.
Les hommes ainsi inscrits — souvent appelés « inscrits » ou « gens de mer » — peuvent être appelés à servir alternativement sur les bâtiments de la marine royale. Dans ce système, le service n’est pas entièrement volontaire : il s’agit d’un devoir envers l’État, assorti d’obligations telles que l’embarquement sur vaisseaux de guerre lorsque les besoins s’en font sentir.
Objectifs et enjeux de l’inscription
L’inscription maritime poursuit plusieurs objectifs :
- Assurer la disponibilité d’un vivier humain compétent pour les équipages des navires de la marine de guerre, en s’appuyant sur les marins civils expérimentés (pêche, commerce).
- Diminuer le recours à la presse, perçue comme arbitraire et impopulaire, en proposant un système plus organisé.
- Structurer l’administration maritime locale par la nomination de commissaires chargés des rôles et du recrutement.
- Prévoir des mécanismes de prévoyance, notamment à travers la « Caisse des Invalides » destinée à soutenir les marins blessés ou invalides, financée par une retenue sur les soldes de la marine royale.
Même si ce dispositif ne prend encore son nom définitif d’« inscription maritime » qu’à la Révolution française (1795), ses fondements sont bien établis à la fin du XVIIᵉ siècle sous le nom de service des classes.
Fonctionnement sur le littoral
Sur les côtes françaises, chaque circonscription maritime est chargée de tenir les registres de navigation des gens de mer, avec mention des noms, âges, domiciles et expériences de navigation. Ces rôles permettent à l’administration royale de déterminer qui peut être appelé au service et de planifier les rotations d’embarquement.
Le système reste centré sur les populations côtières — pêcheurs, marins de commerce, matelots — qui constituent la principale source d’effectifs qualifiés. C’est ainsi que des communautés locales, comme celles situées entre Calais et Gravelines, sont intégrées à cette organisation dès leurs premiers contacts avec l’administration maritime royale.

Avantages et contraintes pour les marins
Pour les hommes inscrits, ce système implique à la fois des devoirs et des bénéfices :
- Devoirs : obligation de servir à bord des navires royaux lorsque leur « classe » est appelée.
- Bénéfices : accès à des dispositions de prévoyance, notamment le soutien de la Caisse des Invalides pour les marins blessés ou invalides.
Cette organisation vise à stabiliser le recrutement des équipages en offrant un cadre plus prévisible que la presse tout en liant étroitement les populations littorales à l’État royal.

Conclusion
L’inscription maritime au XVIIᵉ siècle, sous la forme d’un système des classes mis en place par Colbert, constitue une étape essentielle de l’organisation des gens de mer en France. Elle permet à l’administration royale de recenser et de mobiliser efficacement les marins côtiers pour les besoins de la marine de guerre, tout en introduisant des mécanismes de reconnaissance et de prévoyance sociale pour les pêcheurs et navigateurs concernés.
Sources citées
- Inscription maritime, notice synthétique (origine, système des classes, organisation) — Wikipedia.
- Les trois siècles de l’inscription maritime, de 1665 à 1965 (historique et développement de l’institution).
- Archives et registre d’inscription maritime de Saint-Malo et Dinan — exemples de pratiques consulaires en XVIIᵉ.
- Informations d’archives générales sur l’inscription maritime — FranceArchives.
