La goélette Jeanne (1888) : une disparition dans la tempête d’Islande

Parmi les nombreuses disparitions évoquées dans l’histoire de la pêche à Islande, certaines restent anonymes, noyées dans les chiffres et les listes de navires perdus. D’autres, en revanche, peuvent être approchées au plus près, à travers les archives locales et les histoires familiales.
La goélette Jeanne, disparue en avril 1888, appartient à cette seconde catégorie.

Une goélette dunkerquoise dans la campagne de 1888

La Jeanne était une goélette de pêche à Islande armée à Dunkerque, engagée dans la campagne de printemps 1888. Comme de nombreux navires du littoral nord, elle avait quitté le port au début du mois de mars pour rejoindre les zones de pêche islandaises.

Cette campagne s’inscrit dans un contexte particulièrement dramatique. Comme évoqué dans l’article Morts en mer et mémoire islandaise, l’année 1888 fut marquée par une série de tempêtes violentes qui frappèrent les flottilles françaises. En quelques semaines, plusieurs navires disparurent corps et biens, emportant avec eux des équipages entiers .

La Jeanne ne revint jamais.

Le 28 avril 1888 : une disparition sans traces

La date du 28 avril 1888 est retenue comme celle de la disparition du navire.
Aucun survivant, aucun débris significatif, aucun témoignage direct : la goélette fut très probablement prise dans la tempête qui balaya les zones de pêche islandaises à cette période.

Comme tant d’autres navires de cette campagne, elle disparut corps et biens, laissant derrière elle un vide total — en mer comme à terre.

Deux marins de Marck : Benoît et Auguste AGNERAY

Parmi les hommes embarqués à bord se trouvaient :

Tous deux originaires de Marck, dans le Pas-de-Calais, ils faisaient partie de ces jeunes marins du littoral attirés par la grande pêche, malgré ses dangers.

Leur disparition est connue grâce aux actes d’état civil dressés après jugement. Ceux-ci précisent qu’ils étaient :

👉 voir l’article : Le jugement de décès des marins disparus en mer .

« embarqués sur la goélette Jeanne, armée à Dunkerque, partie pour la pêche d’Islande »
et « présumés péris en mer le 28 avril 1888 »

Ces formules administratives, répétées dans de nombreuses communes du littoral, traduisent une réalité brutale : l’absence totale de preuves matérielles, remplacée par une certitude collective.

Un équipage englouti

L’équipage complet de la Jeanne reste difficile à reconstituer dans le détail. Comme souvent pour les goélettes islandaises, les listes n’ont pas été conservées dans une forme unique.

Cependant, les archives communales — comme celles de Marck — permettent d’identifier progressivement les marins disparus, acte après acte. Cette dispersion des sources reflète la manière dont la catastrophe fut vécue : non comme un événement centralisé, mais comme une série de drames familiaux, disséminés le long du littoral.

Il est certain, en revanche, que la Jeanne fit partie des navires dunkerquois perdus lors de la tempête de 1888, et que l’ensemble de son équipage disparut avec elle.

Quand la mer ne rend rien

L’histoire de la Jeanne illustre parfaitement ce que furent ces disparitions en Islande : des naufrages sans témoins, sans corps, sans sépulture.

Comme évoqué dans l’article précédent, « la mer devenait alors une tombe sans sépulture » .
Pour les familles, il ne restait qu’un nom, une date, et un acte administratif pour fixer l’irréparable.

À Marck, comme ailleurs, ces noms furent intégrés à la mémoire locale — non pas dans des tombes, mais dans les registres, les récits familiaux et le souvenir transmis.

Une mémoire retrouvée

Aujourd’hui, reconstituer l’histoire de la goélette Jeanne et de ses marins, c’est redonner une existence à ceux que la mer avait effacés.

Derrière le nom d’un navire disparu se dessinent des vies, des liens familiaux, des villages entiers tournés vers la mer.
Et derrière chaque acte de décès, une histoire humaine qui dépasse la simple mention « disparu en mer ».

La Jeanne n’est plus seulement un nom dans une liste de pertes : elle devient un fragment de mémoire, où se rejoignent l’histoire maritime et l’histoire familiale.

Cet article complète :
➡️ Morts en mer et mémoire islandaise : les marins disparus

👉 retour à la page Naufrages et accidents

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