Si les hommes commandaient à bord des flobarts ou des lougres, les femmes régnaient sur le rivage. Dans la région de Gravelines et de Grand-Fort-Philippe, le métier de Matelote était une profession polyvalente, exigeante et indispensable. Bien loin d’être un simple soutien, elles étaient les techniciennes du littoral.

Un savoir-faire spécialisé : Verotières et Sautières
Le travail de la matelote commençait bien souvent avant même que les bateaux ne prennent la mer, ou profitait du retrait des eaux pour assurer les revenus du foyer.
1. La Verotière : La quête des appâts

La Verotière (ou vérotière) accomplissait un travail de l’ombre, mais vital pour la pêche à la ligne (les cordes). À marée basse, elle parcourait les étendues de sable pour récolter les vers (souvent des arénicoles). Ces vers étaient indispensables pour escher les milliers d’hameçons des lignes de fond. C’était un travail harassant, courbé vers le sol, les pieds dans l’eau froide et le sable mouillé.
2. La Sautière (ou Sauttrière) : La chasse à la « sauterelle »

La Sautière était la spécialiste de la crevette grise, que l’on appelait localement la « sauterelle de mer ». Armée de son pousseux (ou haveneau), un grand filet poussé à bout de bras, elle parcourait les brisants et les bâches d’eau à marée basse. Ce métier demandait une force physique remarquable pour lutter contre la résistance de l’eau et le ressac.
Le cycle du travail : Du quai au marché
Une fois la récolte faite ou les bateaux rentrés, la journée de la matelote était loin d’être finie.
- Le Ramandage : Les filets déchirés étaient ramenés à la maison ou sur le quai. La matelote, assise sur son pliant, réparait chaque maille avec une dextérité impressionnante.
- La Vente de la Marée : C’est ici qu’intervenait la marchande. Portant la « motte » (grand panier d’osier) sur le dos grâce à une sangle frontale, les matelotes parcouraient des kilomètres à pied vers Gravelines, Bourbourg ou l’intérieur des terres pour vendre le poisson frais ou les crevettes cuites.
La gestion du foyer : Une autonomie forcée
À Gravelines, avec les départs pour la « Grande Pêche » (Islande), les hommes s’absentaient de longs mois. La matelote devenait alors la seule administratrice du foyer. Elle gérait le budget, l’éducation et les imprévus, faisant preuve d’une résilience qui forçait le respect.
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