Une activité oubliée au cœur de la vie rurale du Calaisis
Sur le littoral du Pas-de-Calais, entre Calais, Marck et Oye-Plage, le paysage n’a pas toujours été uniquement tourné vers la mer.
Derrière les dunes et les plages, une autre activité faisait vivre les habitants : la culture et la transformation de la chicorée.
Et au cœur de cette activité se trouvaient des bâtiments aujourd’hui presque oubliés : les sécheries à chicorée.
Une plante au cœur de l’économie locale
La chicorée, cultivée pour sa racine, connaît un essor important à partir du XIXe siècle. Torréfiée et transformée, elle est utilisée comme boisson, souvent en remplacement ou en complément du café.
Dans une région comme le Calaisis, où les terres sont plates, humides mais fertiles, sa culture s’intègre parfaitement aux activités agricoles.
Pour de nombreuses familles, notamment celles qui ne vivaient plus exclusivement de la pêche, la chicorée devient une ressource précieuse.
Des bâtiments bien particuliers dans le paysage
Les sécheries à chicorée sont facilement reconnaissables.
Construites en brique, elles sont souvent élancées, avec une cheminée ou un système d’aération permettant d’évacuer l’humidité.
À l’intérieur, on y fait sécher les racines coupées en morceaux, disposées sur des claies. La chaleur, produite par un four, circule lentement pour déshydrater la chicorée sans la brûler.
C’est une étape essentielle : mal séchée, la racine perd toute sa valeur.
Un travail long et minutieux
Avant d’arriver dans la sécherie, la chicorée doit être arrachée, lavée, découpée, ensuite seulement commence le séchage, qui peut durer plusieurs jours.
Ce travail demande de la surveillance et du savoir-faire. Il faut maîtriser la température, gérer l’humidité, retourner les racines si nécessaire.
Dans les campagnes de Marck ou des Hemmes, cette activité mobilise toute la famille.
Une activité complémentaire à la mer
Ce qui rend les sécheries particulièrement intéressantes dans le Calaisis, c’est leur lien avec la vie maritime.
Comme le montre l’histoire des familles locales, dont les Agneray, beaucoup d’hommes alternaient entre plusieurs activités :
pêche, travaux agricoles… et parfois transformation de produits comme la chicorée
Lorsque la pêche ne suffisait plus, notamment au XIXe siècle, il fallait trouver d’autres ressources.
La chicorée offrait une solution.
Les femmes et les anciens, restés à terre, participaient activement à ces travaux.
Un paysage aujourd’hui transformé
Avec le temps, les pratiques agricoles évoluent. L’industrialisation et la modernisation des procédés rendent ces petites structures obsolètes.
Les sécheries disparaissent progressivement du paysage, ou sont transformées en habitations, en dépendances agricoles, parfois en ruines discrètes que l’on remarque à peine.
Pourtant, elles témoignent d’une époque où la vie du littoral ne dépendait pas uniquement de la mer, mais aussi de la terre.
Conclusion
Les sécheries à chicorée de Marck et des environs racontent une autre facette de l’histoire du Calaisis.
Elles rappellent que les habitants du littoral ont toujours su s’adapter, diversifier leurs activités et tirer parti des ressources disponibles.
Entre mer et campagne, ces bâtiments oubliés sont les témoins silencieux d’un équilibre fragile, mais essentiel, dans la vie de nos ancêtres.
