Le peuplement du littoral entre Calais et Gravelines ne résulte pas d’une occupation ancienne et continue, mais d’une installation progressive, liée aux transformations politiques, religieuses et économiques de la région. À partir de la fin du XVIᵉ siècle, ces terres littorales, longtemps instables et peu exploitées, deviennent un espace d’accueil pour des populations venues s’établir durablement au plus près de la mer.

Ce peuplement donne naissance à des communautés de pêcheurs spécifiques, organisées autour de hameaux côtiers, dont l’existence et la survie sont étroitement liées aux ressources maritimes.

Un territoire longtemps instable et disputé

Calais est prise par les Anglais d’Édouard III en 1348 et demeure sous domination anglaise pendant plus de deux siècles. La ville est finalement reprise en 1558 par les troupes françaises commandées par François de Guise, dit le Balafré, sous le règne d’Henri II. Cette reconquête marque le retour définitif du Calaisis dans le royaume de France.

Le territoire reconquis, encore fragile et peu peuplé, est alors redistribué. Les terres du littoral, exposées aux inondations marines et nécessitant des travaux constants d’entretien, restent largement inexploitées. Elles constituent pourtant un enjeu stratégique, tant pour la défense du royaume que pour le développement des activités maritimes.

Concessions de terres et obligations collectives

Afin de favoriser l’installation durable des populations, Henri III complète en 1577 les concessions accordées par François II. Il octroie aux habitants de Marck, Oye-Plage et Waldam environ sept cents mesures de terre, sous condition expresse d’entretenir les bancs et digues de mer.

Ces concessions ne concernent pas seulement la possession des terres, mais imposent une responsabilité collective : lutter contre l’avancée de la mer, protéger les zones habitées et maintenir les terrains exploitables. L’occupation du littoral est ainsi indissociable du travail d’aménagement et de défense contre les éléments.

Le retour des populations et le contexte religieux

Le 13 avril 1598, l’Édit de Nantes, promulgué par Henri IV, autorise les protestants bannis sous le régime espagnol à revenir s’installer dans le Calaisis. Plusieurs d’entre eux se fixent à Marck et à Guînes, où des temples avaient été édifiés dès la seconde moitié du XVIᵉ siècle.

Ce contexte de tolérance religieuse favorise les mouvements de population et contribue à repeupler des zones jusque-là marginales. Le littoral, encore peu densément occupé, offre des opportunités d’installation à des familles disposées à vivre de la mer et à affronter ses contraintes.

La migration des pêcheurs de Berck et Étaples

C’est dans ce cadre politique, foncier et religieux que s’opère, à la fin du XVIᵉ siècle et au début du XVIIᵉ siècle, la migration de pêcheurs venus de la région comprise entre Berck et Étaples. Ces hommes, déjà familiers des pratiques maritimes, cherchent de nouveaux espaces de pêche et des conditions d’installation plus favorables.

Ils s’établissent le long du rivage entre Calais et Gravelines, à proximité immédiate de la mer, privilégiant l’accès direct aux zones de pêche plutôt que l’arrière-pays agricole. Cette implantation marque le véritable point de départ du peuplement littoral structuré dans cette partie du Calaisis.

La formation des hameaux littoraux

Les premiers habitats prennent la forme de huttes et de constructions précaires, regroupées en hameaux le long du rivage. Parmi eux se distinguent Waldam qui deviendra plus tard les Hemmes de Marck, sur la commune de Marck, et les Hemmes d’Oye, sur la commune d’Oye-Plage. À proximité, le hameau de Waldam participe également à cette dynamique de peuplement.

Ces hameaux ne sont pas de simples lieux d’habitation temporaires. Ils constituent de véritables communautés, organisées autour de la pêche à pied, de la pêche côtière et, plus tard, de l’usage de petites embarcations. Leur implantation traduit un choix durable de vivre au plus près de la mer, malgré les risques et l’instabilité du littoral.

Des communautés de pêcheurs soudées

Les populations installées dans ces hameaux forment progressivement des communautés relativement fermées. Les pêcheurs se marient le plus souvent entre eux, transmettent leurs savoir-faire au sein des familles et entretiennent des liens étroits de solidarité. Cette organisation favorise la permanence de certains patronymes, qui se retrouvent sur plusieurs générations dans les registres paroissiaux.

Ces familles constituent le noyau des communautés littorales du Calaisis. Leur mode de vie, fondé sur la mer, façonne durablement l’identité sociale et culturelle de ces territoires.

Conclusion

Le peuplement du littoral entre Calais et Gravelines aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles résulte d’une convergence de facteurs politiques, religieux et économiques. La reconquête du territoire, les concessions de terres, le retour de populations et la migration de pêcheurs venus de la côte d’Opale conduisent à la formation de hameaux littoraux durables.

Ces installations donnent naissance à des communautés de pêcheurs fortement structurées, dont les familles et les patronymes s’inscrivent profondément dans l’histoire maritime du Calaisis et constituent le socle des populations littorales des siècles suivants.

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