Une galiote s’échoue à Oye-Plage en 1703

Un littoral exposé aux accidents de navigation

Au début du XVIIIᵉ siècle, le littoral entre Calais et Gravelines est régulièrement touché par des échouements et des naufrages. Les bancs de sable, les marées puissantes et les tempêtes rendent la navigation dangereuse, en particulier pour les navires marchands empruntant les routes entre la mer du Nord et la Manche.

L’échouement de la galiote le Vaneau d’Hambourg sur la côte d’Oye-Plage, en février 1703, est l’un de ces incidents dont les archives de l’amirauté de Calais ont conservé un récit précis.

La route du Vaneau d’Hambourg

Partie de Hambourg à destination de Rouen, la galiote est commandée par Peter Hoffmann. Le navire transporte une cargaison importante et variée : fromages, bottes d’acier, balles de plumes et autres marchandises destinées au commerce intérieur.

Au cours de la traversée, la galiote affronte un gros temps. Les conditions de mer deviennent telles que l’équipage est contraint de jeter une partie de la cargaison à la mer afin d’alléger le bâtiment et de tenter d’éviter le naufrage. Malgré ces manœuvres, le navire dérive dangereusement vers la côte du Calaisis.

L’échouement près de Waldam

Dans la nuit du 23 au 24 février 1703, la galiote s’échoue sur la côte, à proximité du hameau de Waldam, sur le territoire d’Oye-Plage. L’échouement se produit sur un fond de sable et de vase, à faible distance du rivage.

L’équipage, épuisé, parvient à maintenir le navire en état jusqu’au matin. Aucun homme n’est perdu, mais le bâtiment est immobilisé et menacé par les marées suivantes. À marée basse, une partie de la cargaison devient accessible depuis la plage.

L’intervention du garde-côte Barnabé Watel

Conformément aux usages, l’échouement est signalé aux autorités locales. Le garde-côte Barnabé Watel est chargé de constater l’incident sur place. Son rôle est essentiel : surveiller le navire, empêcher tout pillage et rendre compte à l’amirauté de Calais.

Barnabé Watel procède à la reconnaissance du bâtiment, fait inventorier les marchandises visibles et organise la surveillance du site. Il mobilise des hommes pour sécuriser la cargaison et veiller à ce que les opérations de sauvetage se déroulent sous contrôle de l’autorité maritime.

Cette intervention illustre le rôle central des garde-côtes, souvent issus des communautés locales, dans la gestion quotidienne des incidents maritimes sur le littoral.

L’action de l’amirauté de Calais

Peu après, les officiers de l’amirauté de Calais se rendent sur les lieux. Ils dressent un procès-verbal détaillé de l’échouement, décrivent l’état du navire et consignent les marchandises récupérées.

Les opérations de sauvetage sont organisées en fonction des marées. Les marchandises extraites de la galiote sont transportées et mises en dépôt, sous la surveillance des autorités. Cette procédure vise à protéger les intérêts des marchands tout en garantissant les droits de l’État.

Archives de l’amirauté de Calais, registre des naufrages, 1701-1703

Les archives de l’amirauté de Calais ont conservé le procès-verbal dressé à la suite de cet échouement.
Ce document, rédigé dans le langage administratif du début du XVIIIᵉ siècle, décrit avec précision les circonstances de l’accident, l’état du navire, la cargaison et les opérations de sauvetage menées sous l’autorité des officiers et du garde-côte Barnabé Watel.

Transcription du procès-verbal (février 1703)

L’an mil sept cent trois et le vingt-cinquième de février, sept heures du matin, nous, officiers de l’amirauté de Calais, assistés de Jacques Lehot, interprète, sommes transportés à la côte de Waldam, où avons reconnu que le navire échoué le jour d’hier était une galiote de soixante tonneaux, nommée Le Vaneau d’Hambourg, commandée par Pierre Hoffmann, maître dudit navire.

Le gros temps ayant obligé l’équipage à jeter plusieurs fûts à la mer, ledit navire s’est trouvé ensablé à huit pieds d’eau, à la côte ensablée, à la hauteur du hameau de Waldam, sur un fond de sable et de vase.

La marée étant basse, nous avons reconnu plusieurs marchandises rejetées à la côte, consistant en fromages, bottes d’acier, balles de plumes et autres effets, lesquels ont été retirés et mis en sûreté sous la garde du garde-côte Barnabé Watel, afin d’empêcher tout pillage.

Les marchands intéressés ont été avertis de se présenter pour faire valoir leurs droits, et les opérations de sauvetage ont été ordonnées suivant l’usage et les règlements de l’amirauté.

Marchands, cargaison et droits d’épave

Le 9 mars suivant, des marchands de Rouen arrivent sur place afin de revendiquer une partie de la cargaison sauvée. Ils prennent possession des marchandises récupérées et s’engagent à régler les droits d’épave ainsi que les frais liés aux opérations de sauvetage.

Après paiement et vérification des procédures, l’amiral de France accorde la mainlevée du bâtiment. L’affaire est alors considérée comme réglée du point de vue administratif, même si le navire reste fortement endommagé.

Un épisode révélateur de la vie maritime locale

Cet échouement met en lumière le fonctionnement concret des institutions maritimes sous l’Ancien Régime. Il révèle également l’implication directe des habitants du littoral — garde-côtes, marins, manœuvres — dans la gestion des accidents de navigation.

Des hommes comme Barnabé Watel occupent une position charnière entre l’autorité royale et les communautés locales. Leur présence régulière dans les archives permet aujourd’hui de relier l’histoire maritime aux trajectoires familiales et aux patronymes du littoral.

Conclusion

L’échouement de la galiote le Vaneau d’Hambourg à Oye-Plage en 1703 ne constitue pas un événement exceptionnel, mais il offre un éclairage précieux sur la réalité du littoral calaisien au début du XVIIIᵉ siècle. À travers cet incident se dessinent les dangers de la navigation, le rôle de l’amirauté et l’implication des acteurs locaux dans la protection des biens et des personnes.

Ce type d’événement permet d’ancrer l’histoire maritime dans le vécu quotidien des hommes et des familles du littoral, ouvrant naturellement la voie à l’étude des communautés et des lignées qui y sont attachées.

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