
Le XVIIIᵉ siècle en France a été une période de tensions alimentaires récurrentes malgré l’absence des famines massives qui frappèrent les générations précédentes. Ces tensions, parfois généralisées à tout le royaume, se répercutent aussi de manière significative dans le littoral du Calaisis, notamment à cause de sa dépendance aux marchés céréaliers extérieurs et de la vulnérabilité de son économie rurale et maritime aux aléas climatiques.
Un contexte national de rareté et de prix élevés

Tout au long du siècle, la question de l’approvisionnement en céréales reste au cœur des préoccupations. La France connaît plusieurs épisodes de hausse du prix du blé et du pain, liés à de mauvaises récoltes, aux prix élevés et à l’augmentation de la population sans augmentation correspondante de la production céréalière. L’approvisionnement insuffisant en denrées alimentaires était perçu comme une menace permanente pour les populations modestes, qui consacraient une grande part de leurs revenus à ces produits de base.
Un exemple significatif de ce climat de tension est la “Guerre des farines” de 1775 : une série de révoltes populaires en France, déclenchées par la flambée des prix des céréales et du pain dans tout le royaume, alimentée par des mauvaises récoltes des années précédentes et des modifications de la réglementation sur le commerce des grains. Ces événements illustrent combien le pain — aliment fondamental — pouvait devenir le point de rupture sociale dans les villes et villages.
Des tensions ressenties jusque dans le Calaisis
Même si les sources directes sur des disettes strictement locales au Calaisis sont rares pour le XVIIIᵉ siècle, les mêmes facteurs nationaux ont un impact concret sur la région :
réactions populaires aux pénuries : la mémoire collective des tensions frumentaires se retrouve dans les écrits et les récits paroissiaux de l’époque, qui regrettent les fluctuations de prix et la difficulté à trouver du pain à des prix abordables.

hausse du prix des céréales : les populations littorales, dépendant souvent du marché pour leurs approvisionnements, subissent les augmentations des prix comme partout ailleurs en France ;
susceptibilité aux mauvaises récoltes : comme l’ensemble du Nord du royaume, les campagnes autour de Calais sont exposées aux aléas climatiques affectant les récoltes locales, qui alimentent tensions et difficultés d’accès à l’alimentation ;
En effet, l’histoire des subsistances en France montre que, même après les grandes famines des XVIIᵉ et début XVIIIᵉ siècles, le spectre des crises alimentaires demeure dans l’esprit des populations tout au long du XVIIIᵉ. Les périodes de récoltes insuffisantes sont fréquemment suivies de hausse des prix, d’insécurité alimentaire et de crainte d’une pénurie qui pourrait devenir plus grave.
Crise sociale et perceptions populaires
Au XVIIIᵉ siècle, une dimension sociale se superpose aux simples variations climatiques ou agricoles : la mentalité collective face à la disette est marquée par une forte méfiance envers les autorités et les commerçants, certains croyant que les pénuries seraient parfois artificielles ou manipulées par des intérêts privés — une idée connue sous le nom de “pacte de famine” dans les sources historiques. Cette perception témoigne de l’intensité avec laquelle les populations locales, y compris celles du Nord, ressentaient les difficultés d’approvisionnement en pain et en céréales.
Héritage des crises précédentes
Des textes paroissiaux et des documents départementaux du Nord-Pas-de-Calais montrent aussi l’impact durable des grandes crises alimentaires du début du siècle sur les mentalités locales. Par exemple, dès les premières années du XVIIIᵉ siècle, les conséquences du grand hiver de 1709 se font encore sentir dans les campagnes proches du Calaisis, avec des récoltes gravement compromises par le froid et des pertes de grains constatées dans les registres paroissiaux
Sources principales
- Les historiens montrent que tout au long du XVIIIᵉ siècle en France les populations vivent dans la hantise de disettes et de hausses du prix des céréales, situation qui alimente les tensions sociales et politiques.
- La Guerre des farines de 1775 est un exemple bien documenté de tensions alimentaires ayant des répercussions sociales importantes à l’échelle nationale.
- Le phénomène du Pacte de famine illustre la manière dont les populations interprétaient ces périodes difficiles.
- Les registres paroissiaux du Nord montrent les ravages des années difficiles comme 1709, dont les effets se prolongent localement.
