Trois marins Agneray périssent dans l’abordage du Saint-Charles
Dans la nuit du 30 novembre 1858, entre trois et quatre heures du matin, un grave accident survient en mer, à environ trois milles à l’ouest du port de Calais. Plusieurs bateaux de pêche, occupés à la pêche du hareng, croisent alors dans la zone.
Parmi eux se trouve le Saint-Charles, n° 164 du port de Calais, syndicat de Marck.
Selon le récit publié quelques jours plus tard dans le journal Le Pays (4 décembre 1858), le paquebot à vapeur anglais Vivid, commandé par le capitaine Hammond, quittant Calais pour Douvres, aborde le bateau de pêche, qui est submergé.
L’équipage du Saint-Charles
Le bateau était monté par cinq hommes :
- Le patron Agneray Charles Edouard né le 10 décembre 1820
- Agneray Charles Edouard, son fils âgé de 8 ans, né le 1er février 1850
- Agneray Edouard un cousin germain âgé de 14 ans, né le 28 mars 1844
- Agneray Louis-Théodore, né le 5 janvier 1828, frère du patron
- et Mignoret Pierre François Joseph, né le 7 mars 1822, beau frère du patron.
Tous sont marins pêcheurs à Wardam, commune de Marck.
L’abordage est fatal :
les trois premiers périssent et leurs corps ne peuvent être retrouvés. Les deux derniers sont sauvés et recueillis par le paquebot, qui les ramène à Calais.
Le bateau naufragé est ensuite remorqué le soir même dans le port par un autre bateau pêcheur.
Une collision dans un espace de travail partagé
Les survivants déclarent que leur charge était éclairée, conformément aux règlements maritimes. Si une faute a été commise, elle serait imputable à l’équipage du vapeur.
L’inscription maritime doit ouvrir une enquête afin d’établir les circonstances exactes de l’accident.
Cet événement rappelle la cohabitation difficile, au milieu du XIXᵉ siècle, entre la navigation à vapeur en plein essor et la pêche côtière traditionnelle. Les routes maritimes, plus fréquentées, deviennent des espaces partagés où la vulnérabilité des petits bateaux de pêche est évidente.
Une famille éprouvée
Au-delà du fait divers, ce naufrage touche directement plusieurs membres de la famille Agneray, dont la présence est attestée depuis plusieurs générations dans les communautés maritimes du littoral calaisien.
La perte simultanée de trois membres d’une même famille, dont un enfant et un adolescent, illustre la réalité des équipages familiaux dans les communautés maritimes du littoral. La transmission du métier commençait tôt : les jeunes garçons embarquaient aux côtés de leur père ou de leurs oncles, apprenant la navigation et la pêche dans un cadre strictement domestique et professionnel à la fois.
Lorsque survient l’accident, ce ne sont pas seulement des marins qui disparaissent : c’est une cellule familiale entière qui est atteinte. Dans ces sociétés littorales, où le travail, la parenté et l’économie domestique sont étroitement liés, un naufrage affecte durablement plusieurs générations.
Le drame du 30 novembre 1858 rappelle ainsi la vulnérabilité structurelle des communautés de pêcheurs face aux risques de la mer et à l’intensification du trafic maritime au XIXᵉ siècle.
Source
Le Pays. Journal de l’Empire, 4 décembre 1858.

