Introduction
La nuit du 13 au 14 décembre 1933 reste gravée dans les annales maritimes de la Côte d’Opale comme l’une des plus sombres du XXe siècle. Alors qu’une tempête d’une violence inouïe balaie la Mer du Nord, le vapeur finlandais Dick vient s’échouer sur les brisants du Banc à la Digue, entre Calais et Gravelines. Ce récit est celui d’un sauvetage miraculeux où l’abnégation des marins de Grand-Fort-Philippe et de Calais a permis de sauver 18 vies.
Le Navire : Un cargo dans la tourmente
Le Dick était un vapeur de charge battant pavillon finlandais (ex-Gisela), appartenant à l’armement Rederi A/B Dick. Parti de Hull (Angleterre) à destination d’Helsinki, il transportait une importante cargaison de charbon. Surpris par un vent de secteur Nord-Ouest atteignant la force d’un ouragan et une visibilité nulle due à la neige, le bâtiment dérive vers la côte française.

Le Drame du Banc à la Digue
Vers 18h30, le navire talonne violemment sur le Banc à la Digue (secteur d’Oye-Plage). Sous les coups de boutoir des lames, la coque en acier commence à se disloquer. Les 18 membres d’équipage se réfugient sur la passerelle, attendant une mort qui semble inévitable.
[Image de la zone géographique du Banc à la Digue au large de Gravelines
L’intervention des sauveteurs
L’alerte est donnée par le sémaphore. Bien que le naufrage se situe dans la zone de secours de la station de Gravelines (Grand-Fort-Philippe), la violence de la mer nécessite le concours des marins les plus aguerris de la région.
C’est ici que s’illustre Pascal Pierre Agneray, patron pêcheur inscrit au quartier de Calais (n° 1962). Malgré les conditions dantesques, les sauveteurs parviennent à approcher l’épave. Par une manœuvre d’une précision extrême, les 18 naufragés sont transbordés un à un dans les embarcations de sauvetage.
« Le calme et la maîtrise de la manœuvre du patron Agneray furent déterminants pour éviter que l’embarcation de secours ne soit broyée contre le flanc du vapeur. » — (Source : Le Phare de Calais, déc. 1933)

Reconnaissance et Postérité
Le bilan est un miracle : 18 hommes sauvés, aucune perte humaine. En reconnaissance de cet acte de bravoure exceptionnel, le Ministre de la Marine attribuera par la suite le Prix Henri Durand à Pascal Pierre Agneray, assorti d’une prime de 250 francs pour son dévouement exemplaire.
Le Dick, quant à lui, ne sera jamais renfloué. Il se brisera en deux quelques jours plus tard, rejoignant la longue liste des épaves qui dorment sous les sables de Oye-Plage.
